Interview, Jeanne Cherhal

Référence toujours en mouvement de la chanson française, l’artiste arrive sur l’île avec un show solo habité par l’intime et l’intense. Interview spéciale pour Léspas, par Pascal Balland.

Vous venez souvent à La Réunion. Vous y produire, c’est joindre l’utile à l’agréable ?
J’y ai des attaches amicales et j’y viens presque tous les ans. Sur ce coup, on va dire que c’est un bonus après ma tournée solo que j’ai arrêtée il y a quelques mois. J’étais assez frustrée de ne pas avoir joué ici comme je le fais régulièrement depuis quelques années.

Qu’est-ce qui vous a tout de suite plu à La Réunion?
Le rythme de vie. Vivre avec le soleil, c’est un idée qui me plaît même si elle ne correspond pas à ma façon de vivre habituelle. C’est souvent impossible, pendant les tournées notamment. Venir à La Réunion, c’est donc d’abord ça, un retour au rythme naturel du corps et de la nature.

Quoi d’autre ?
Les gens. Je connais de plus en plus de monde. Le maloya. Le chouchou, j’adore ça. Le fait d’avoir la mer et la montagne à portée de main. J’aime marcher et plonger. Dans la même journée, partir en randonnée dans les hauts et se baigner dans le lagon, rien que ça, c’est précieux.

Un souvenir particulièrement sympa que vous gardez de l’île ?
J’en ai plein. Ma rencontre avec Danyel Waro lors d’un Sakifo. J’ai déjeuné avec lui, j’étais super intimidée, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est un grand monsieur. Mon premier échelon de plongée. Une semaine à se lever super tôt et à vivre en même temps que le soleil. Excellent souvenir.

Vous avez tourné pendant plus d’un an seule avec votre piano. Vous aviez des envies d’indépendance ?
Sans doute. Je venais de faire une tournée complète avec les musiciens. Ca s’est arrêté, j’ai continué toute seule. Juste pour quelques dates au départ. Et puis je me suis prise au jeu.

La vie en tournée sans musiciens, c’est plus sage ?
Ce n’est pas du tout la même chose. D’autant qu’avec les musiciens, nous avions un tourbus. La promiscuité était non-stop, la prise en charge aussi. Ne rien avoir à penser, c’est un concept que j’adore. Seule, on passe par de nombreux moments d’introspection et de solitude. Se retrouver seule après le concert, c’est parfois un peu ingrat.

C’est vous qui l’avez voulu. Quel était le but ?
Il y avait sans doute un côté un peu défi. Est-ce que je suis capable de faire ça ? Le but aussi, c’était de faire l’Olympia toute seule. J’y pense depuis que j’ai 20 ans. Et ça s’est fait en janvier dernier.

L’enjeu artistique sur une tournée solo comme celle-ci ?
Aller le plus loin possible dans mes arrangements, dans mon jeu de piano, dans mon rapport à mon instrument. Je me suis enfermée trois mois en studio pour travailler tout ça. Il ne fallait pas que je m’ennuie en concert et il ne fallait pas que j’ennuie les gens. Je n’ai jamais eu autant le trac que durant cette tournée. Il ne s’est jamais amenuisé au fil des dates. Puis sur sur scène, même si ça n’est pas complètement immédiat, on reprend les rennes. C’est assez miraculeux.

Vous ne semblez jamais aussi à l’aise que sur scène ?
J’ai commencé par là. J’adore le studio et travailler sur des chantiers de chanson mais la scène, c’est la récompense. C’est l’endroit où je me sens à ma place, où je suis bien.

Une date particulièrement marquante sur cette tournée ?
Bruxelles, au Théâtre 140. J’adore ce lieu. Une chaleur incroyable. J’avais pourtant une grosse crève qui ne se soignait pas malgré la cortisone. Ce fut un moment de grâce, un moment où on flotte.

Léspas est une petite salle. Vous appréciez ce genre de lieu intime ?
A partir du moment où les gens sont contents d’être là et moi aussi, ça me convient. Le trac est le même, voire supérieur dans les petites salles car on distingue les visages.

Si on vous dit que vous êtes une artiste à la fois intime et intense, ça vous convient ?
Oui et ça me fait plaisir. Lorsque j’écris une chanson, je pars toujours de quelque chose de très personnel. En même temps, je n’aime ni la tiédeur ni la demi-mesure.

Vos concerts à La Réunion seront les mêmes que ceux de métropole ?
Oui. Les mêmes qu’à l’Olympia. Je n’envisage pas de faire un concert au rabais en fonction d’un lieu. Le but, c’est toujours de proposer le meilleur de ce qu’on a. J’ai une vingtaine de costumes sur ce spectacle, je les emporte avec moi. Il n’y a aucune raison que les gens soient lésés par rapport à ce que je peux faire à l’Olympia ou à Bruxelles.

Vous repartirez assez rapidement de La Réunion car du travail vous attend à Paris ?
Oui. La Philarmonie m’a donné carte blanche pour un hommage à Barbara en novembre. C’est une création à deux pianos avec le pianiste libanais Bachar Mar-Khalifé. Le spectacle s’appelle Arba.

Le sixième album ?
Je commence à y penser

Propos recueillis par Pascal Balland

© 2017 - Régie l'Espace Culturel Leconte de Lisle